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Accueil L'Affaire

Des Canadiens contre une «arnaque» de 2,7 milliards chez Afriland First Bank

REBONDISSEMENT. Dépouillés en 2020 de 274 lingots d’or par la police, qui accusait leur associé camerounais de les avoir escroqués, deux hommes d’affaires canadiens viennent de relancer l’affaire en se désolidarisant du contenu des procédures judiciaires montées de toutes pièces au Cameroun, prétendument pour défendre leurs intérêts, mais réellement pour les dépouiller encore. Ils dénoncent en particulier un avocat camerounais basé à Paris qui agit depuis des années en justice et opère des recouvrements financiers en leurs noms, sans avoir reçu leur aval. En bénéficiant de la couverture de nombreux magistrats. Dans le viseur de ce "conseil" autoproclamé, un pactole d’un peu plus de 2,4 milliards de francs qu’il voulait arracher à Afriland First Bank. Retour sur un scandale entretenu par ceux qui sont supposés travailler pour rendre justice.

Alfred William Par Alfred William
11 mai 2026 - Updated On 17 juillet 2026
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Des Canadiens contre une «arnaque» de 2,7 milliards chez Afriland First Bank
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Par Christophe Bobiokono – cbobio@gmail.com

Me Innocent Fenze croyait sans doute tenir le bon bout d’une véritable opération d’extorsion frauduleuse de 2,7 milliards de francs, mais le sol semble subitement se dérober sous ses pieds. Dans un scandale à rebondissements, l’avocat du Barreau de Paris avait réussi à se faire désigner comme le conseil contre leur gré de deux Canadiens, Luc Verville et Charles Verville, notamment dans le but de spolier la société CX Trading Cameroun Sarl (Cxtc-Sarl) de ses avoirs logés dans son compte bancaire ouvert dans les livres d’Afriland First Bank. Bénéficiant d’une décision judiciaire fabriquée pour la cause, il orchestrait minutieusement le recouvrement forcé de cette somme-là. Mais les Verville viennent d’informer plusieurs autorités judiciaires camerounaises qu’ils ne l’ont jamais désigné pour défendre leurs intérêts. Mieux, ils dénoncent, une nouvelle fois, l’escroquerie dont ils sont l’objet, depuis plusieurs années déjà, avec la complaisance, si ce n’est la complicité de certains magistrats. Par l’entremise de ses avocats, CX Trading Cameroun Sarl vient en effet de saisir la chambre commerciale du Tribunal de grande Instance (TGI) du Mfoundi pour faire échec aux manœuvres de Me Fenze. A travers une «assignation en intervention volontaire» servie le 04 mai 2026 à Luc et Charles Verville ainsi qu’à Afriland First Bank, M. Happy Tchankou Olivier, le gérant de Cxtc-Sarl, les invite à comparaître le 24 juin prochain devant cette juridiction. Son objectif : s’opposer au paiement par la banque de la somme d’un peu plus de 2 milliards de francs que lui réclame l’avocat du Barreau de Paris. L’audience en question vise en fait à dévoiler le vrai visage de Me Fenze devant la justice. Ce dernier devra justifier du mandat dont il se prévaut depuis des années au Cameroun pour parler aux noms des Verville. C’est à dessein que les copies des assignations concernant les Canadiens ont été déposées au Cabinet de Me Jiogo Pascal, avocat au barreau du Cameroun, où Me Fenze élit domicile pour ses basses manœuvres.

Exéquatur

En saisissant le TGI du Mfoundi, M. Happy Tchankou Olivier sait que Me Fenze ne peut plus continuer à jouer au malin. Il y a quelques jours, il a en effet fait adresser par exploits d’huissier de justice, au président de la Cour suprême du Cameroun, au procureur général près ladite cour, au président de la chambre judiciaire de la même juridiction ainsi qu’au ministre d’Etat – ministre de la Justice, une lettre par laquelle les Canadiens dénoncent l’utilisation abusive de leurs noms par Me Fenze devant les juridictions camerounaises. En fait, les actes en question transmettent aux différents destinataires cités une correspondance de Charles Verville rédigée depuis le 16 avril dernier à Montréal. La particularité de ce courrier est que son auteur a pris la peine, le 30 avril 2026, de faire certifier la signature qui y est apposée, la sienne, par Me Olivier Exbrayat, notaire de la société civile professionnelle P. Perrot et S. Doucet-Bon de Lyon, en France.

Mieux, cette correspondance a aussi fait l’objet d’une ordonnance d’exéquatur du président du Tribunal de première instance (TPI) de Yaoundé –Ekounou. Avec les accords liant le Cameroun à la France, elle est donc revêtue de la force exécutoire sur le territoire camerounais depuis le 06 mai dernier. Cette précaution procédurale de M. Verville se justifie par les échecs de ses précédentes tentatives de faire stopper l’arnaque dont il est lui-aussi victime. Dans le fond, la dénonciation de Charles Verville, dont Kalara a reçu copie, ne se limite pas seulement à dénoncer les actes controversés posés par Me Fenze devant la justice. Elle s’attache à mettre à nu un complot judiciaire démarré en octobre 2020 (lire par ailleurs), par lequel la société Cxtc-Sarl avait été dépouillée, dans les locaux de la police judiciaire à Yaoundé, de 274 lingots d’or. Ce même complot avait aussi abouti à la condamnation de M. Happy Tchankou, aujourd’hui en fuite, à 5 ans d’emprisonnement ferme et à la confiscation des avoirs de ses entreprises dans les banques. Dans le montage judiciaire en question, les Verville apparaissent faussement comme les bourreaux du gérant de Cxtc-Sarl, leur société commune. Et c’est ce que les Canadiens remettent en question.

«Nous venons par la présente, une fois de plus, rectifier une procédure judiciaire fallacieuse qui perdure depuis un certain temps, malgré toutes nos correspondances», écrit de ce fait Charles Verville en parlant aussi au nom de Luc Verville son père. «Nous n’avons jamais porté plainte contre M. Happy Tchankou Olivier, directeur général de CX Trading Cameroun Sarl», poursuit-il. Le Canadien reconnait avoir, «pour les besoins de l’enquête», déposé «une plainte contre X» sur les conseils de personnes dont il ne révèle pas les noms dans sa correspondance, au sortir d’une longue garde à vue consécutive à la saisie des cargaisons d’or qu’ils s’apprêtaient à exporter. Leur plainte, précise Charles Verville, devrait aussi aider «M. Happi, directeur général de notre entreprise», maintenu en garde à vue pour une prétendue escroquerie perpétrée contre les Canadiens lors de l’opération d’achat des lingots d’or. Le Canadien explique encore que «M. Happy n’a jamais participé aux tests» sur l’or acheté, assumant l’entière responsabilité de l’achat des lingots d’or que leurs bourreaux avaient présentés comme des minerais contrefaits.

Intimidations

Charles Verville se veut plus précis dans sa mise au point adressée aux hautes autorités judiciaires du pays : «Nous avons porté plainte contre X parce qu’on nous avait fait comprendre que […] c’est la procédure pour déterminer le rôle de chacune des personnes présentes sur l’avis de recherche sur les vendeurs, mais X n’était pas M. Happy qui, ceci dit en passant, est l’acheteur, pas le vendeur [de l’or]. Et nous le connaissons très bien et nous connaissons aussi très bien notre histoire et notre fonctionnement, de la même façon que nous connaissons aussi l’identité de nos vendeurs (les vendeurs de l’or acheté). Une fois de plus, c’est nous qui avons expertisé le produit présenté par le vendeur et acheté sur notre recommandation à nous par le directeur général, M. Happy Tchankou». Le Canadien va plus loin avec sa dénonciation : il affaire avoir fait l’objet avec Luc Verville des intimidations pour accabler leur associé camerounais : «Je tiens à préciser que nous avons subi toute sorte de pression pour porter plainte contre lui (Happy Tchankou). On nous a même empêchés, à un moment donné, de prendre l’avion pour rentrer au Canada avant d’avoir déposé plainte contre lui, ce que nous avons refusé parce qu’on ne comprenait pas pourquoi le faire alors qu’il n’avait rien fait du tout. Et même, même s’il y avait une faute, ce qui n’est pas le cas, c’était à nous de bien faire notre travail et il a été très bien fait (l’expertise des lingots d’or avant l’achat), je peux l’assurer. Quant à M. Happy, il n’a à aucun moment participé à tout cela. D’ailleurs, il était à Yaoundé quand nous étions à Douala pour travailler sur les tests (sur l’or)». Il s’interroge sur le vendeur des lingots d’or «que tout le personnel judiciaire évite».

Le problème, c’est que grâce à l’action d’un groupe formé d’avocats, de magistrats du ressort de la Cour d’appel du Centre et de certains membres du gouvernement, une tout autre version de l’affaire avait donné lieu au procès rocambolesque de l’affaire devant le TPI de Yaoundé centre administratif, puis devant la Cour d’appel du Centre. Procédure qui est encore pendante devant la Cour suprême, justifiant la dénonciation adressée par Charles Verville aux plus hauts responsables de cette juridiction. Dans un scénario hollywoodien, les Verville étaient présentés comme des victimes de leur associé, Olivier Happy Tchankou, condamné à chaque fois avec quelques comparses. Et pour la circonstance, bénéficiant d’un véritable coup de passe-passe judiciaire, Me Innocent Fenze avait été admis dans la procédure pénale comme le conseil des Verville. D’ailleurs, l’avocat de Paris se plaît constamment a présenter M. Happy Tchankou comme un «escroc».

Au moment où le courrier de M. Verville certifié par acte notarié parvient aux mains des autorités judiciaires, Me Fenze s’emploie depuis 2024 à se faire payer la mirobolante somme de 2,7 milliards de francs par Afriland First Bank, le banquier de CX Trading Cameroun Sarl. La banque, qui avait effectué des paiements d’une valeur commune de 2,347 milliards de francs dans ce compte bancaire, exécutant les ordres de M. Happy Tchankou pour l’achat des lingots d’or, est accusée d’avoir agi de façon illicite. L’avocat du Barreau de Paris se sert dans son recouvrement douteux d’un arrêt de la Cour d’appel du Centre. Dans cette décision de justice rendue le 03 octobre 2023, la Cour d’appel «condamne Happy Tchankou Olivier à 5 ans d’emprisonnement ferme et à 100 mille francs d’amende», le reconnaissant coupable notamment d’escroquerie envers ses associés canadiens. Les compagnons d’infortune de CX Trading Cameroun sont aussi condamnés.

168 millions de francs

Dans la suite de sa décision, la Cour d’appel du Centre «alloue aux parties civiles Luc Verville et Charles Verville la somme de 2,7 milliards de francs à titre dommage et intérêts», soit 2,5 milliards pour «la réparation du préjudice matériel» qu’ils auraient subis, et 200 millions de francs «pour le préjudice moral». La Cour «ordonne à la société Afriland First Bank de restituer [à] Luc Verville et Charles Verville» des sommes d’argent bloquées dans certains comptes bancaires préalablement saisis, notamment le compte de CX Trading Cameroun Sarl (presque 110 millions de francs) et celui de Phoenix 21 Sarl (un peu plus de 53,5 millions de francs), puis près de 5 millions de francs dans le compte de M. Nana Kamdoum Félix dont on parlera plus tard. C’est en tout un pactole d’un peu plus de 168 millions de francs prétendument destinés aux Verville.

Le collège des juges de la Cour d’appel fait montre d’une ingéniosité terrible dans sa décision, en disant sans l’avis des Canadiens que Me Fenze Innocent «percevra pour le compte des parties civiles», c’est-à-dire des Verville, «les sommes objet de la restitution», soit les 168 millions de francs. Les juges décident que «la somme à restituer sera déduite du montant total des dommages et intérêts alloués». C’est une manière pour les magistrats de la Cour d’appel du Centre d’imposer supposément aux Verville la collaboration de Me Fenze pour le recouvrement des avoirs que la Justice semble leur reconnaître. La Cour enlève ce faisant aux Canadiens la capacité de décider souverainement du recouvrement des 2,7 milliards de francs et d’en disposer comme ils entendent. Tout est en fait calculé.

Quatre mois après la décision de la Cour d’appel, Me Fenze obtient par deux chèques distincts en son nom le reversement de toutes les sommes bloquées dans le compte de CX Trading Cameroun Sarl et Phoenix 21 Sarl. C’est en tout 163,3 millions de francs. Il en disposera à l’insu des Canadiens. Plus tard, l’avocat inscrit au Barreau de Paris décide de poursuivre le recouvrement du reste des sommes qui ont été allouées aux Verville par la Cour d’appel. Il s’agit d’une somme d’un peu plus de 2,4 milliards de francs sortie du compte de Cxtc-Sarl dans les livres de Afriland First Bank dans la période allant d’octobre à novembre 2020, c’est-à-dire la période de l’achat des lingots d’or. Me Fenze, qui prétend que cet argent était la propriété de ses prétendus clients, accuse la banque d’avoir fait, d’une part, «des décaissements en espèces au profit des escrocs» pour 1,3 milliard de francs, en violation de la réglementation bancaire, et, d’autre part, d’avoir procédé «à des virements vers des comptes captifs» pour 1,13 milliards de francs. C’est l’objet de l’assignation en paiement servie à Afriland First Bank depuis le 14 juillet 2024.

Responsables publics

Depuis cette période, cette banque et Me Fenze se livrent un bras de fer devant la chambre commerciale du TGI du Mfoundi où l’avocat du Barreau de Paris a ouvert les hostilités. Afriland estime avoir régulièrement exécuté les instructions du gérant de Cxtc-Sarl, titulaire du compte. Et le ministère public, invité à faire ses réquisitions dans cette bataille a pris faits et cause pour Me Fenze. Sauf que l’assignation en intervention volontaire de l’entreprise de Cxtc-Sarl, invitant directement les Verville et la banque dans cette même cause devant le même juge vient contre-carrer l’action initiale de l’avocat parisien. A l’audience prévue le 24 juin prochain, cette entreprise a déjà annoncé qu’elle demande au juge de constater que les sommes disputées, trouvées dans le compte bancaire de sa société, lui appartiennent. Il sera curieux de voir comment Me Fenze, dans cette bataille judiciaire, pourra encore se présenter comme l’avocat des Canadiens au regard de la dénonciation notariée de Charles Verville qui lui dénie tout lien avec lui. Rappelons qu’avant la dénonciation notariée du 16 avril dernier, les Verville avaient déjà adressé fin mai 2024 des correspondances au Bâtonnier de l’ordre des avocats du Cameroun accusant Me Fenze, et son confrère du Barreau du Cameroun, Me Djogo Pascal, d’indélicatesse à leur encontre afin de faire cesser d’agir en leurs noms et de recouvrer des fonds qu’ils ne leur ont jamais présentées. Cette saisine du bâtonnier n’a jamais empêché que Me Fenze poursuive sereinement le recouvrement du reste des 2,4 milliards de francs. Avant leur protestation auprès du bâtonnier, les Canadiens avaient déjà adressé une correspondance aux autorités judiciaires camerounaises pour les informer qu’ils n’avaient aucun lien avec Me Fenze. Par pure perte. Ils étaient revenus à la rescousse le 4 janvier 2022 en adressant cette fois une correspondance authentifiée chez un notaire à Montréal. Elle est aussi restée jusqu’ici sans effet.

A noter que pour maximiser ses chances de succès cette, Charles Verville Charles a décidé d’envoyer une copie de sa dernière dénonciation, qui a valeur de décision de justice, à la présidence de la République et au ministère des Relations extérieures. C’est gemmologue de formation, c’est-à-dire un expert spécialisé dans l’identification, l’analyse et l’estimation des pierres précieuses notamment. Il peut garantir l’authenticité des pierres. Avant d’acheter les 273 lingots d’or déclarés comme des substances contrefaites par les «experts» de la police judiciaire de Yaoundé, ils avaient procédé à la fonte industrielle de certains spécimens, en présence des vendeurs. Pour mémoire, l’or pur fond autour de 1064,18°Celsius de température.

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